Après le coup d’État militaire survenu au Myanmar le 1er février 2021, le Ministry of Justice de la République de Corée a annoncé le 12 mars de la même année la mise en place de mesures humanitaires de séjour spécial au bénéfice d’environ 25 000 ressortissants birmans résidant sur le territoire coréen. Le Réseau pour les droits des réfugiés a salué cette décision tout en demandant que le même principe soit appliqué de façon cohérente aux réfugiés d’autres pays en crise.


Contexte : le coup d’État au Myanmar et la crise des droits humains

Le 1er février 2021, l’armée birmane a pris le pouvoir en rejetant les résultats d’élections démocratiques. Elle a ensuite réprimé violemment les nombreux civils qui participaient à des manifestations pacifiques, entraînant une hausse rapide du nombre de victimes. La résistance au coup d’État a mobilisé des citoyens de tout le Myanmar, y compris des minorités ethniques longtemps victimes de discrimination.


Les mesures gouvernementales du 12 mars en Corée

Le 12 mars, le gouvernement coréen a annoncé une réponse coordonnée entre les ministères concernés.

  • Suspension de la coopération militaire et sécuritaire : le Ministry of Foreign Affairs a déclaré qu’il mettrait fin à toute coopération militaire et sécuritaire avec l’armée birmane.
  • Participation aux sanctions internationales : la Corée a accepté de rejoindre les efforts de sanction de la communauté internationale contre l’armée birmane.
  • Mesures humanitaires de séjour spécial : le Ministry of Justice a autorisé les ressortissants birmans présents en Corée à rester sur le territoire à partir du 15 mars, jusqu’à la stabilisation de la situation au Myanmar.

Pourquoi cette mesure était importante

Le Réseau pour les droits des réfugiés a considéré cette mesure comme une avancée inédite et importante, pour trois raisons :

  1. Reconnaissance officielle d’une grave crise des droits humains : le gouvernement a directement jugé que la situation au Myanmar constituait une crise humanitaire et a reconnu que le danger pouvait s’appliquer à n’importe qui sur place, et pas seulement à des individus identifiés.
  2. Une évaluation nationale proactive sans précédent : même pour des pays en conflit prolongé comme la Syrie ou le Yémen, ce type de mesures collectives n’avait jamais été pris auparavant, ce qui rend cette décision tout à fait exceptionnelle.
  3. Une déclaration claire de solidarité avec le peuple birman : plutôt que de se contenter d’un communiqué de condamnation, le gouvernement a pris des mesures concrètes pour protéger directement la vie et la sécurité des ressortissants birmans.

Comparaison avec le Temporary Protected Status (TPS) américain

L’autorisation de séjour spécial coréenne présente des similitudes avec le système américain de Temporary Protected Status (TPS).

Les grandes étapes de l’histoire du TPS sont les suivantes :

  • Environ 300 000 réfugiés originaires de plus de dix pays, dont Haïti, le Honduras, le Nicaragua et la Syrie, ont bénéficié du TPS.
  • Après un séisme majeur au Salvador en 2001, le TPS a été étendu à environ 200 000 réfugiés.
  • L’administration Trump (2017-2021) a mis fin aux désignations TPS pour le Salvador, Haïti, le Honduras, le Népal, le Nicaragua et le Soudan, ce qui a suscité une vive polémique : des immigrés ayant un conjoint ou des enfants américains se retrouvaient face à une séparation familiale forcée.
  • En septembre 2024, environ 1,1 million de personnes bénéficient du TPS.

Défis restants et attentes pour l’avenir

Tout en saluant cette mesure, le Réseau pour les droits des réfugiés a noté que des améliorations restaient nécessaires.

Les investissements coréens au Myanmar

Les mesures gouvernementales coordonnées n’ont pas abordé de façon satisfaisante la question des investissements des entreprises coréennes au Myanmar. Ce point nécessite un travail approfondi, en concertation avec la société civile.

Améliorer la qualité de la détermination du statut de réfugié

Dans les procédures existantes de détermination du statut de réfugié, les résultats ont parfois varié selon les valeurs personnelles ou la première impression de l’agent chargé de l’examen. Le système dans son ensemble doit être réformé afin que la situation dans le pays d’origine soit prise en compte de manière professionnelle et objective.

Garantir des conditions de vie décentes aux Birmans en séjour spécial

Les ressortissants birmans ayant bénéficié d’une autorisation de séjour spécial doivent se voir garantir des conditions de vie de base en Corée, notamment en matière de logement, de soins de santé et de moyens de subsistance, pour pouvoir réellement vivre dans la dignité.

Étendre l’approche à d’autres pays en crise

Cette mesure ne devrait pas rester un cas isolé. Un cadre politique devrait être établi afin que des mesures similaires puissent être appliquées régulièrement dès lors que de graves violations des droits humains surviennent dans d’autres pays.


Ce communiqué a été publié par le Réseau pour les droits des réfugiés le 14 mars 2021. Pour connaître l’état actuel des mesures de séjour spécial et savoir si elles s’appliquent à votre situation personnelle, contactez directement l’Immigration Contact Center (1345) ou rendez-vous auprès de votre bureau local de la Korea Immigration Service (출입국·외국인청).


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