Le 3 avril 2024, 141 organisations de défense des droits des migrants venues de toute la Corée du Sud se sont rassemblées devant le commissariat de police de Seodaemun, à Séoul, pour une conférence de presse commune. L’événement visait à dénoncer publiquement un groupe appelé « Jagungmin Bohosaengnyeon » (littéralement, l’« Alliance de protection des citoyens coréens ») pour ses arrestations illégales et ses violences contre des migrants sans papiers, et à exiger de la police une réforme de ses pratiques. L’affaire a ensuite été portée devant la justice pénale : le 21 janvier 2025, le tribunal de district de Daegu a condamné Park Jin-jae, le dirigeant du groupe, à un an et deux mois de prison pour des chefs d’accusation incluant l’arrestation illégale concertée au titre de la loi sur la répression des actes de violence. Le 11 septembre 2025, la Cour suprême a confirmé définitivement cette peine.


Qu’est-ce que l’Alliance de protection des citoyens coréens ?

L’Alliance de protection des citoyens coréens a été fondée en décembre 2018 sous la direction de Park Jin-jae. Bien qu’elle affirme avoir été créée pour protéger les citoyens coréens et promouvoir la sécurité publique, ses activités réelles se sont concentrées sur des actions d’autodéfense violente contre des migrants sans papiers.

Park, accompagné de membres du groupe et de YouTubeurs d’extrême droite, parcourait le pays pour détenir de force des personnes semblant être des travailleurs migrants sans papiers et les remettre à la police, une pratique qualifiée d’« arrestation illégale concertée ». Ils ciblaient principalement des travailleurs migrants circulant à moto sans plaque d’immatriculation, les arrêtant par la force avant d’appeler la police.

Ils s’en prenaient également à des personnes qui n’étaient pas à moto, et arrivaient parfois au domicile de travailleurs migrants, prétextant avoir reçu un signalement, pour les empêcher de sortir, puis appelaient la police.

Plusieurs vidéos publiées sur la propre chaîne YouTube de Park le montrent, lui et ses membres, en train d’exiger des pièces d’identité à des ressortissants étrangers, de les saisir par derrière, de les attraper par le col, et d’appuyer sur leur cou, leurs épaules et leur plexus solaire.


Ce que les organisations de défense des migrants ont dénoncé lors de la conférence de presse

Les actes de violence concrets

Selon une plainte déposée auprès de la National Human Rights Commission of Korea (NHRCK)

par le Conseil de solidarité des migrants de Daegu-Gyeongbuk, l’Alliance de protection des citoyens coréens a commis les actes suivants :

  • Attaque de lieux de rassemblement de migrants avec des matraques
  • Contrôles d’identité aléatoires et immobilisation physique de migrants dans la rue
  • Entrée sans autorisation dans les domiciles de migrants et blocage de leurs sorties
  • Filmage de migrants sans leur consentement et diffusion des images sur les réseaux sociaux

Ces actes constituent une détention illégale, de l’intimidation, des voies de fait, une violation de domicile et de la diffamation. Des signalements de migrants dépouillés de force de leur argent et de leurs affaires ont également été documentés.

Les problèmes liés au comportement de la police

Les organisations de défense des migrants ont également signalé des cas où, au lieu de mettre fin aux agissements de l’Alliance de protection des citoyens coréens, la police avait fermé les yeux ou avait même coopéré en remettant des migrants aux autorités de l’immigration. Selon ces organisations, cela constituait une violation d’une protection essentielle appelée « exemption de l’obligation de signalement ».


Ce que les organisations ont réclamé

Les 141 organisations nationales de défense des droits des migrants ont formulé les demandes suivantes lors de la conférence de presse :

  • L’arrestation et l’enquête sur Park Jin-jae et l’Alliance de protection des citoyens coréens
  • Une réforme opérationnelle de la police pour éviter que des migrants sans papiers ne soient exposés à des violences d’autodéfense privée
  • L’élaboration de directives officielles et la mise en place de formations policières sur l’application de l’exemption de l’obligation de signalement
  • L’arrêt des expulsions forcées de migrants victimes et leur libération des centres de rétention temporaire
  • Des mesures gouvernementales pour éradiquer la haine, la discrimination et les violences envers les migrants

Les suites judiciaires

Le 21 janvier 2025, le tribunal de district de Daegu a condamné Park Jin-jae à un an et deux mois de prison. Les autres membres de l’Alliance de protection des citoyens coréens mis en examen avec lui ont écopé de peines allant de six mois à un an d’emprisonnement (certaines avec sursis), ainsi que d’amendes comprises entre 5 et 8 millions de wons coréens (soit environ 3 700 à 6 000 dollars américains). Park a fait appel, mais le 11 septembre 2025, la Cour suprême a confirmé la peine d’un an et deux mois de prison pour violation de la loi sur la répression des actes de violence (arrestation illégale concertée) et violences concertées, rendant ainsi la décision définitive.

Le jour du jugement de la Cour suprême, des organisations nationales de défense des droits des travailleurs migrants ont tenu leur propre conférence de presse devant le bâtiment de la Cour, déclarant : « Personne n’a le droit de frapper, d’arrêter ou de détenir des migrants à titre privé au seul motif qu’ils sont sans papiers. » Elles ont également affirmé : « La peine d’un an et deux mois est un soulagement, mais elle reste trop légère au regard de la gravité des faits. Un groupe qui a pratiqué des arrestations privées et en a fait une source de profit doit être sévèrement condamné et dissous, de façon à ne plus avoir sa place dans cette société. »


Si vous avez été victime de violences

Quelle que soit votre situation au regard du droit au séjour, vous pouvez signaler des violences, une détention illégale, une violation de domicile ou des faits similaires à la police en composant le 112. Même si votre situation irrégulière venait à être révélée au cours de la procédure, l’exemption de l’obligation de signalement peut s’appliquer si vous êtes enregistré en tant que victime d’une infraction. Pour obtenir des conseils juridiques ou un soutien, contactez l’Immigration Contact Center (1345) par téléphone.

Si la loi et le système vous semblent peu familiers et décourageants, ne vous inquiétez pas. Les organisations de défense des droits des migrants présentes partout en Corée du Sud peuvent vous aider à obtenir des conseils et un soutien.


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